ALAMANE

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Entre l'édition et l'auteur

d'YJ : Je voudrais savoir ce que tu penses de l'auto-édition, si tu en es satisfaite, si tu as des regrets vis-à-vis de certaines choses. Pourquoi tu as choisi cette voie et quels en sont les avantages, les contraintes? Si tu devais refaire ton parcours littéraire, qu'est-ce que tu changerais ?

Les erreurs commises par exemple?

Comment en es-tu venu à imprimer tes romans ? Pourquoi cette voie ? Bref revenir sur l'aspect édition.

Vaste sujet !

Je essayé de reprendre point par point, si possible sans rien oublier.

1 – Ce que je pense de l’auto-édition :

1.1 – en tant que lecteur. Il y a à boire et à manger. On y trouve aussi bien des perles que des bouses, mais j’ai lu des romans édités par des maisons ayant pignon sur rue qui souillaient le papier utilisé pour les imprimer. Par conséquent, je n’hésite pas à donner leur chance aux auto-édités si l’histoire me tente.

1.2 – en tant qu’auteur, les côtés négatifs tout d’abord : le faible public touché, l’absence de publicité, le coût exorbitant de chaque étape du processus, le temps gaspillé alors qu’on pourrait écrire, les difficultés pour convaincre les organisateurs de salon de bien vouloir nous laisser une petite place pour exposer. La recherche d’un illustrateur. Le parcours du combattant lors de la première impression pour dénicher un imprimeur qui ne soit pas un escroc, qui fasse du travail de qualité, des dos capables de survivre à la lecture, les enregistrements réglementaires, l’incroyable quantité d’informations qu’il faut connaître alors que personne ne veut nous en parler. Les logiciels sur lesquels il faut se casser les dents pour obtenir un final digne d’un pro. Tout cela prend pratiquement autant de temps que la rédaction proprement dite (enfin pas pour moi, car il me faut une vingtaine d’années pour parachever un ouvrage et seulement cinq ou six ans de galère pour sortir Varnie mais tout de même : cinq ans de perdus). Et pour vendre moins de cinquante ouvrages… soit un « bénéfice » mirobolant d’une soixantaine d’euros pour Varnie. Soustrayez les frais de tables pour les salons, d’essence pour démarcher les libraires (indépendants, grosses enseignes, supermarchés) qui opposaient à l’époque un refus systématique aux auto-édités, et vous vous rendrez vite compte qu’on travaille à fonds perdu. Et même parmi les rares qui acceptent, l’un d’eux a réussi à me faire vendre à perte en rajoutant des « frais. » Bref, c’est la galère à tous les niveaux !

Et là j’ai subitement envie de remercier Philippe, de Cellule grise/Album dans la galerie marchande d’Évry, qui non seulement m’a donné ma chance mais a été adorable sur toute la durée de l’opération.

1.3 – en tant qu’auteur, les côtés positifs : la liberté. Je suis une vraie tête de pioche et j’entends écrire ce que je veux et comme je le veux. Pas question de céder à la mode du happy end parce que c’est ce qu’attendent les lecteurs. J’aime les fins logiques, celles qui tiennent la route et paraissent plausibles, pas les contes de fées… même si je fais de la fantasy avec des fées dedans :P

Sans doute aurais-je parfois besoin d’un conseil sur la construction de l’intrigue mais si c’est pour rédigé du stéréotypé, je m’en passe.

La fierté. Ma foi, quand je vois le résultat final, je me dis que je ne m’en suis pas si mal sorti et que mes livres sont de bonne facture.

La proximité des lecteurs. Ils viennent (parfois), donnent leur avis, râlent, approuvent, réclament et me laissent sans voix la plupart du temps et pour une bavarde telle que moi, c’est un exploit ! Au final, je croyais écrire pour moi, pour me changer les idées et m’amuser, mais j’ai découvert qu’il y avait du monde autour et qu’il ne restait pas muet. Ils m’ont fait vivre des moments bouleversants. Malheureusement, je n’ai jamais pu les partager avec eux parce que je ne sais jamais comment réagir dans ces cas-là et au lieu de dire merci ou je-ne-sais-pas-quoi, je fais une pirouette et passe à la suite. Désolée.

2 – Suis-je satisfaite de l’auto-édition :OUI

La réponse est simple. Avec l’auto-édition, j’ai évité toutes les escroqueries du monde de l’édition pourtant il n’y en a beaucoup ! Je ne dois rien à personne. Si je me plante, j’assume. Si je réussis, moins. Et même si j’ai gaspillé beaucoup d’argent dans l’auto-édition, je l’ai fait en connaissance cause.

3 – Ai-je des regrets ? Bien sûr !

4 – Si je devais refaire mon parcours littéraire, qu'est-ce que je changerais ? Je ne me lancerai pas dans cette aventure. Cette réponse doit en choquer certains pourtant c’est ainsi (encore un truc qu’un éditeur m’interdirait de divulguer). Je suis du genre vieil ours mal léché, blaireau en pétard disait mon mari. Même si je vis très bien en société comme peuvent en témoigner, du moins je l’espère, ceux qui m’ont accueilli sur leur stand, je vis très mal les émotions. Or l’édition est une véritable tempête d’émotions permanente. Je retournerai volontiers au fond de mon terrier mais j’aurais l’impression de trahir les lecteurs en ne leur donnant pas au moins la suite des histoires en cours.

5 – Les erreurs commises : je suppose qu’ici, on ne parle pas des fautes de mise en forme sur Varnie ou Viking. Par conséquent, je dirais que mes principales erreurs ont été de trop dire ce que je pense comme je le pense et non pas ce qu’on attendait que je dise ou écrive.

6 – J’en suis venu à imprimer moi-même mes romans tout simplement parce que je n’avais pas confiance dans les éditeurs. Entre ceux qui ne lisent pas les manuscrits s’ils ne sont pas chaudement recommandés par leurs « amis », ceux qui vous soutirent l’histoire pour plagier, ceux qui  vous soutirent de l’argent sans imprimer ou en n’imprimant que le dixième promis, ceux qui… et les très rares, honnêtes, qui mettent la clé sous la porte… Bref, je me suis dit que la seule personne en qui je pouvais avoir confiance est ma pomme et encore pas beaucoup.

 

Et là je lâche ma bombe : suite à de gros problèmes financiers, j’ai confié la réédition des chroniques arvennes ainsi que les ebooks aux éditions Underground.

Contradictoire ? Certes, je ne peux pas le nier. Mais c’est ça ou je disparais. Croyez-moi, j’ai longtemps hésité, car la seconde option ne manque pas de charmes. Seulement certains lecteurs avaient un avis fort différent et m’ont poussée.

 



23/11/2014
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